29 août 2007
"Eugénisme": de qui se moque-t-on ?
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-948363@51-948475,0.html
"Le
débat sur le droit à l'avortement a été relancé, lundi 27 août en
Italie, après les révélations sur un accident médical survenu en juin,
à l'hôpital San Paolo de Milan, lors d'une interruption de grossesse
thérapeutique. Au cours de cette intervention sur une femme de 38 ans,
les médecins ont éliminé le foetus sain au lieu de son jumeau atteint
de trisomie 21.
"L'erreur, sur laquelle la justice a ouvert une
enquête, a été commentée par l'Osservatore romano. Le quotidien du
Vatican en profite pour rappeler le dogme de l'Eglise catholique contre
toute forme d'avortement. "Aucun homme n'a le droit de supprimer une
autre vie, aucun homme n'a le droit de se substituer à Dieu. Sous aucun
motif. Et pourtant, des innocents continuent à mourir", écrit l'organe
du Saint-Siège, pour qui la mère, en choisissant cette IVG sélective, a
fait un choix "illégitime bien que légal"."
Le
présent billet veut éclairer le débat de société en reprenant d'une
part le fil de conversation sur un billet du blog de Chomolungma:
http://rectoverso.blog.fr/2007/08/28/eugenisme_mais_de_qui_se_moque_t_on~2884400
ainsi que deux autres billets publiés par moi d'autre part:
Langues vivantes et latéralité
http://inter-media.blog.fr/2007/04/13/langues_vivantes_et_lateralite~1463455
où est abordé le problème de l'hérédité et de la transmission des caractères raciaux, et
Téléthon et Pro Vita, l'activisme
http://venturoscope.canalblog.com/archives/2006/12/08/2109914.html
Quelque légitimes que soient les motivations personnelles issues des événements historiques que l'on sait, on aurait tort de vouloir constamment replacer ces questions : hérédité, eugénisme, malformations congénitales, etc. sur le terrain exclusif soit de la confrontation (qui n'en restera pas là) entre Eglise et laïcité, soit d'une polémique - à mon sens, stérile - sur l'extermination des indésirables, aux yeux des nazis, ou sur le rôle que certains ecclésiastiques ont effectivement tenu dans la shoah.
Le débat est à la fois plus important et plus actuel.
Elimination des indésirables et réparations officielles
Le
gouvernement suédois a reconnu les abus des pratiques médicales de
stérilisation "à l'emporte-pièce" qui ont été pratiquées depuis les
années 1930 jusqu'en 1975.
Extrait de:
www.parlament.ch/afs/data/f/gesch/1999/f_gesch_19990451.htm
"Curia Vista - Objets parlementaires
99.451 - Initiative parlementaire
Stérilisations forcées. Dédommagement des victimes. Déposé par von Felten Margrith
Date de dépôt 05.10.1999 Déposé au Conseil national Etat des délibérations Liquidé
Rapport de la commission des affaires juridiques du Conseil national du 23 juin 2003
"Texte déposé
Me référant à l'article 21bis ss. de la loi sur les rapports entre les
Conseils, je propose sous forme d'une demande conçue en termes
généraux, de créer les bases légales suivantes:
Les personnes ayant
été stérilisées contre leur volonté ont droit à une indemnité adéquate.
Cette indemnité doit être versée à toute personne qui peut faire valoir
que l'intervention a été pratiquée sans son consentement. Auront
également droit à une indemnité les personnes qui ont consenti à une
stérilisation sous la contrainte.
"Développement
La question de
l'eugénisme n'a cessé de défrayer la chronique en Suède en 1997. Une
commission d'enquête a établi que 63 000 personnes environ avaient été
stérilisées contre leur volonté entre 1935 et 1975, la très grande
majorité d'entre elles étant des femmes. La plupart furent stérilisées
à cause d'un handicap, d'une maladie psychique ou parce qu'elles
étaient considérées comme "asociales". L'Etat justifia cette pratique
en s'appuyant sur la nécessité d'une "sélection sociale"; il souhaitait
également économiser des frais d'aide sociale. Au début de l'année
1999, le Gouvernement suédois décida de verser 20 452 euros, soit 32
723 francs de dommages et intérêts à toutes les personnes que l'Etat
avait stérilisées de force. Cette indemnité doit être versée à toute
personne qui peut faire valoir que l'intervention a été pratiquée sans
son consentement. Auront également droit à une indemnité les femmes qui
ont consenti à une stérilisation sous la contrainte.
"En Suisse, la
question de l'eugénisme n'a été étudiée que de manière insuffisante
jusqu'à présent. Des programmes de recherche sont en cours, mais on
dispose déjà d'études et de statistiques."
Actualité des recherches scientifiques sur la procréation
Extrait de:
http://jacques.testart.free.fr/site/index.php/texte712
Avant lecture, il semble judicieux d'expliciter les sigles suivants
- fécondation in vitro (FIV)
- diagnostic prénatal (DPN)
- interruption médicale de grossesse (IMG)
- diagnostic pré-implantatoire (DPI)
- procréation médicalement assistée (PMA)
- insémination artificielle avec donneur (IAD)
"Rappelons que l’exclusion d’un « mauvais géniteur » hors du circuit
procréatif (par stérilisation par exemple) n’a pas de véritable pouvoir
eugénique tant la plupart des individus, même « tarés », sont capables
de produire des gamètes de toutes les qualités génétiques. Les loteries
génétiques successives qui caractérisent la fabrication de ces gamètes
(ils sont innombrables mais tous différents entre eux), puis la
rencontre sexuée (par la formation imprévisible de couples), et enfin
la fécondation (par la fusion de tel spermatozoïde avec tel ovule)
instituent le hasard, bien plus que la science eugénique, en décideur
du génome d’un enfant.
"Il faut, de plus, compter avec les
échanges de fragments chromosomiques, comme avec les mutations
imprévisibles dans les gamètes ou l’embryon, pour imaginer toutes les
incertitudes qui ruinent l’effort eugénique quand il porte sur les «
géniteurs ».
"Fallait-il que les médecins qui ont créé et animé
les « Sociétés d’Eugénique » du début du XIXe siècle soient obsédés par
des lignées humaines « de qualité » pour s’illusionner eux-mêmes sur
l’efficacité des pratiques qu’ils imposaient?
"Finalement, le seul
objet digne de l’eugénisme scientifique est le conceptus (l’œuf
fécondé) puisque la constitution génétique de l’individu qu’il
préfigure est juste acquise. La forme achevée du même conceptus,
l’enfant, est heureusement intouchable selon la loi, et sa forme
intermédiaire, le fœtus, est un piètre objectif eugénique, en
comparaison avec l’œuf juste fécondé in vitro.
"La nouvelle
fabrique du corps humain passera donc par l’embryon car il précède
l’humanité à venir, et c’ est seulement au stade de l’embryon que la
manipulation de l’humain peut concilier les projets sanitaires ou
économiques avec les progrès sociaux et les exigences éthiques.
Résumons les avantages de l’action eugénique quand on la fait porter
sur le jeune embryon: la fécondation in vitro (FIV) peut déjà proposer
au diagnostic pré-implantatoire DPI cinq à dix embryons en moyenne, à
comparer avec un seul fœtus pour le diagnostic prénatal (DPN); ces
embryons existent hors du corps maternel, ce qui rend inutile
l’interruption médicale de grossesse (IMG) si on souhaite les éliminer;
et leur production peut être répétée plusieurs fois par an alors qu’une
seule grossesse annuelle est accessible au diagnostic prénatal DPN.
"Ainsi
le DPI peut conduire à l’exclusion indolore d’enfants potentiels
nombreux grâce au contrôle annuel de dizaines de conceptus (plusieurs
cycles de FIV-DPI sont possibles chaque année), bien plus nombreux que
les fœtus qu’on pourrait soumettre au DPN au cours d’une vie entière.
Ces avantages en font une alternative eugénique beaucoup plus efficace
que le DPN couplé à l’IMG, et donc l’occasion d’une plus grande
sévérité dans l’appréciation de la « normalité » (Testart et Sèle
1996).
"Admettre que le DPI, encore quasi expérimental, ne pourra
pas améliorer son efficacité et son coût actuels, ou que les épreuves
inhérentes à la FIV en ferait pour longtemps un barrage au DPI, c’est
ne pas reconnaître des progrès à venir en procréation médicalement
assistée PMA comme en génétique diagnostique (Testart 1992, 2004b)."
Croyez-vous qu'au Vatican ils s'en soucient réellement, de tous ces développements scientifiques?
L'institution sacerdotale étant pour quelque part un consolamentum il faut nécessairement aux promoteurs des "saintes oeuvres" un certain quota de victimes à consoler.
Des
victimes, ils n'attendent que cela; au besoin, ils s'en ménageront un
"potentiel de réserve", par exemple en interdisant à leur ouailles
l'usage du préservatif.!
L'erreur médicale a été cette fois pour eux pain bénit.
Mais, au contraire du Pape, les médecins ne revendiquent point l'infaillibilité.
>> PENSER GLOBALEMENT - AGIR LOCALEMENT <<
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